Chronique: À quoi bon apprendre nos enfants à obéir

Mon nouvel ami le chat, dont la principale occupation, lorsqu’il ne sommeille pas, est d’attirer mon attention, m’a appris tout un tas de trucs étonnants: mon clavier azerty peut passer en mode qwerty et même se verrouiller subitement; mon écran a l’étrange pouvoir de s’afficher à l’envers; on peut loucher et y voir clair; qui dort ne dîne pas; il y a de la théobromine dans ma plaque de chocolat; chat qui lèche embrasse; qui va à la chasse perd sa place…
Bête comme ses pattes
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Si mon chat m’a beaucoup appris, la réciproque n’est pas vraie. Depuis qu’il a pris ses quartiers chez moi, j’essaie de l’éduquer, avec assez peu de succès. Ni mes «non» autoritaires, ni mes claquements de mains intempestifs, ni mon huile à l’orange amère, ni mes sprays répulsifs ne viennent à bout de sa passion pour mes fleurs séchées, ma table de cuisine, mon canapé, mes magazines, mon citronnier, mon jean.
Le chat est aimé ou haï, c’est selon. La question est délicate. Pour les uns, l’animal ne s’embarrasse pas des conventions. Pour les autres, il est bête comme ses pattes.
Quand en manque soudain d’affection, mon matou s’allonge sur mon clavier sans façon, aj(outa-&nt da§ns m+on te€xte q’u{elq !ues im%p^ro¥bables si£gn♑es, son regard suppliant «Occupe-toi de moi maintenant!», le ronron en prime, je ne résiste pas et le couvre de caresses. J’avoue, ces derniers temps, j’ai revu mes ambitions à la baisse. J’ai consenti quelques aménagements: tiges de rosier au pied des plantes, film cellophane sur mon fauteuil préféré, housse de canapé super résistante, cactus stratégiquement positionnés. Bref, je me suis adaptée. Que voulez-vous, j’en pince pour mon minet.
Mal à mon éducation
Samedi matin, dans le rayon jouets de Leclerc, j’ai assisté à une scène de la vie ordinaire. Un petit gars, une demi-douzaine d’années, voulait un coffret Pokemon, j’ai reconnu Pikachu. L’enfant avait un petit pécule à dépenser; hélas, le jeu n’était pas dans son budget. Son papa l’invitait à revoir son choix, gentil comme tout. Mais le fils ne voulait rien savoir et trépignait. Tout à coup, il flanqua son jouet dans le caddy. Son paternel le reposa en rayon. Le fiston (rapide) reprit le coffret. Et le père (placide) ses explications. Le petit manège dura un bon moment entre le rayonnage et le chariot. Au grand dam de Rattatac, Carabaffe et Aspicot. Puis père et fils tournèrent les talons. Le petit garçon tenait son jouet dans les bras. J’ai pensé à mon chat.
Je me suis dit que le père avait probablement renoncé à éduquer son moutard comme j’avais abdiqué devant mon griffard. Pourtant, l’enfant n’est pas un félidé et l’espèce a les moyens d’obtempérer. Indépendamment de la taille de leurs cervelles respectives, qui n’est pas le meilleur prédicateur de performance cognitive, le chat possède deux cent cinquante millions de neurones quand l’homme en a seize milliards. La matière grise ne prévaudrait-elle donc pas? La réponse n’est pas à chercher de ce côté-là.
Les devoirs des parents
Simone Pacot nous met sur la voie: certains parents fusionnent avec le désir de leur enfant. Il devient leur propre désir qu’il faut satisfaire sur-le-champ. «L’enfant risque alors, soit d’entrer dans la toute-puissance et dans l’illusion que le monde va toujours se plier à ses désirs, soit d’expérimenter une désillusion qui va être difficile à vivre.»
Les parents ont des devoirs. Demander à un enfant d’obéir n’est pas un abus de pouvoir. L’obéissance ne devrait jamais être une option. On ne rend pas les enfants heureux en leur épargnant la frustration. Les parents qui surinvestissent leurs enfants ne les arment pas pour l’avenir. En maternelle, ils tyrannisent leurs petits camarades et horripilent leurs enseignants. Ils sont capricieux, sans limites, despotiques, arrogants. Ils n’évoluent que dans le principe de plaisir. Ils veulent le pouvoir, comme à la maison, et forcément il y a des frictions.
Les choses se compliquent encore quand ils entrent à l’école élémentaire. Les enfants qui ont pris le pouvoir ne savent pas coopérer avec leurs pairs. Ils sont impertinents, n’obéissent à aucune règle, pas même d’orthographe, et ont souvent des difficultés scolaires. «Les enfants qui n’ont pas de limites deviennent tout-puissants et très vulnérables. Ils tombent dans l’échec scolaire et risquent une socialisation avortée ou une dépendance aux addictions. […] Le parent ne peut pas demander constamment à l’enfant comme il conçoit la réalité!», affirme Didier Pleux qui milite pour des relations intra-familiales asymétriques. Le psychologue prévient que les enfants tyrans deviennent des adultes tyrans, que les analystes appellent pervers-narcissiques.
Leur liberté n’est pas une bénédiction
Quand les parents chrétiens n’exigent pas l’obéissance de leurs enfants sous couvert d’amour (démesuré), et ne leur imposent aucune contrainte (ni autorité), ils ne les préparent pas à rencontrer le Maître de l’univers. La suffisance ne plaît ni aux hommes ni à leur Père. «L’éducation parentale du laisser-faire ne produit pas d’enfants aimables et humbles. Elle produit des sales gosses. Ils ne sont ni amusants pour leur entourage, ni heureux eux-mêmes. Ils sont exigeants et insolents. Leur “liberté” n’est pas une bénédiction, ni pour eux ni pour les autres.» L’obéissance des enfants préconisée par Dieu est affaire de soumission. Or le mot ne fait pas rêver cette génération.
Les enfants rois voient en Jésus (le Roi des rois) un concurrent. Les adultes qu’ils deviennent traversent la vie sans foi ni loi. Pourquoi se conformer à la volonté d’un autre quand on est tout-puissant ? C’est exactement ce que se demande mon chat.
Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses, c’est ainsi que vous ferez plaisir au Seigneur. (Colossiens 3.20)